
Besoin d'un alibi pour "vous libérer de certaines contraintes", justifier un rendez-vous manqué, "vivre une aventure sans mettre en danger votre mariage"? Plusieurs sites internet se proposent obligeamment de voler à votre secours, moyennant rétribution. Déjà présent aux Etats-Unis (Alibi network), en Grande-Bretagne et chez nous aussi depuis quelques années (avec le site Mister Alibi), ce petit business continue de fleurir et pointe à présent le nez en Suisse et en France.
Le site suisse alibi-beton.com, lancé en mai, affiche la couleur en trois langues, français, allemand, anglais. "Nous vous fournissons un alibi en béton virtuel, personnalisé et crédible", souligne le site qui revendique une centaine de clients depuis son lancement. Alibi-Beton vous procure "des preuves telles que facture de restaurant, invitation, note d'hôtel, convocation à une conférence, support de cours, badges, stylos, réservations de train et d'avion, appel téléphonique avec voix masculine ou féminine".
"Je suis assez imaginative", explique la fondatrice du site, Christine Barnicol. A force de servir d'alibi à une amie pour couvrir ses aventures amoureuses, cette enseignante en soins infirmiers, lasse de son métier, a eu l'idée de lancer sa petite entreprise de mensonges. "Mais je n'accepte pas de faire n'importe quoi. Un jeune homme m'a réclamé un alibi pour ne pas aller à ses examens. J'ai dit non", indique Mme Barnicol qui opère depuis Bâle et travaille également sur la France.
Créé il y a quelques mois lui aussi, le site français prestige.alibi.com revendique "300 demandes depuis mars". Son fondateur l'a mis en vente début septembre sur le site d'enchères en ligne e-bay, au prix de 500 euros. Prestige.alibi.com était présenté alors sur e-bay comme un "site internet d'alibis pour infidélité à vendre". Avec la mention "lieu où se trouve l'objet: Melle (Charente-Poitou, sud-ouest de la France)". "C'est un business rentable", expliquait le vendeur, sous un pseudonyme. Il conseillait de "ne pas s'attarder uniquement sur le marché français mais d'attaquer le marché francophone en général (Belgique, Suisse, Canada)".
Claudine Biland, psychologue sociale, voit dans le développement de ces sites "le signe que l'on s'américanise". "Le poids de la culpabilité par rapport au mensonge est très fort aux Etats-Unis, beaucoup plus que dans les pays latins", souligne cette chercheuse, auteur de Psychologie du menteur (Editions Odile Jacob). "En utilisant une agence d'alibis, on se décharge de sa propre culpabilité sur un tiers", dit-elle. "Tout cela est un peu pervers", ajoute Mme Biland qui pense que la demande pour ce type de service "restera assez restreinte" en France...
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